Littérature
Les poèmes dessinés
Dans ses Calligrammes, Apollinaire compose certains poèmes en forme de pluie, de montre, d'oiseau ou de silhouette humaine. Les mots cessent alors d'être alignés normalement : ils deviennent image. Cette poésie visuelle apparaît dans un moment où télégraphe, affiches, journaux et vitesse urbaine transforment profondément la manière de lire au début du XXe siècle.
Guillaume Apollinaire publie Calligrammes en 1918, au sortir d'années marquées par les avant-gardes et la Première Guerre mondiale. Il y rassemble des poèmes où la disposition typographique fait partie du sens : dans « Il pleut », les vers ruissellent verticalement comme des filets d'eau, tandis que d'autres textes épousent la forme d'une colombe, d'une montre ou d'un visage. L'effet n'a rien de purement décoratif, car le poète cherche à mettre la poésie au diapason d'une époque saturée d'images imprimées, de journaux et d'affiches.
Le regard du lecteur ne suit plus une ligne unique mais circule dans la page comme dans un espace visuel moderne, ce qui rapproche Apollinaire du cubisme et des recherches futuristes sur le mouvement et la fragmentation. La guerre pèse fortement sur le recueil, plusieurs calligrammes ayant été composés alors que le poète était mobilisé, et le poème devient un objet hybride, à mi-chemin du dessin, de la lettre et du texte.
Calligrammes marque ainsi le moment où la poésie cesse de tenir la page pour un simple support neutre et la traite comme un espace plastique à part entière — une intuition qui irriguera plus tard la poésie visuelle, la publicité et certaines formes expérimentales du design graphique.