Culture
L'ordinateur tissé
Pour guider Apollo 11 vers la Lune, la NASA embarque un ordinateur d'une puissance dérisoire comparée aux machines modernes. L'Apollo Guidance Computer, développé au MIT dans les années 1960, compense cette faiblesse par une fiabilité extrême — et une mémoire fabriquée à la main, fil par fil, par des ouvrières spécialisées.
Conçu dans les années 1960 au MIT Instrumentation Laboratory, l'Apollo Guidance Computer doit répondre à des contraintes extrêmement strictes de taille, de poids et de fiabilité. Les ingénieurs développent ainsi l'un des premiers ordinateurs utilisant massivement des circuits intégrés à une époque où cette technologie reste encore récente.
Le système fonctionne avec une interface minimaliste appelée DSKY, composée d'un clavier numérique et d'un affichage simplifié. Les astronautes communiquent avec la machine à travers des combinaisons de verbes et de numéros permettant de lancer différentes opérations de navigation ou de calcul.
L'un des aspects les plus remarquables concerne la core rope memory. Les programmes sont physiquement intégrés dans la mémoire en faisant passer des fils autour de noyaux magnétiques. Cette opération est réalisée manuellement par des ouvrières spécialisées issues en partie de l'industrie textile. Modifier le logiciel implique donc littéralement de retisser certains segments matériels de la mémoire.
Pendant l'alunissage d'Apollo 11, plusieurs alarmes apparaissent lorsque l'ordinateur reçoit plus de données que prévu. Le système parvient néanmoins à prioriser automatiquement les fonctions essentielles liées à la navigation et à l'atterrissage. Cet épisode devient ensuite un exemple classique d'architecture logicielle temps réel capable de maintenir des opérations critiques malgré une surcharge informatique.