Lore Magazine de culture & d'histoire

Art

Arcosanti, ville jamais finie

Arcosanti, ville jamais finie
Arcosanti, Arizona, vue ouest.

En 1970, l'architecte Paolo Soleri lance Arcosanti dans le désert de l'Arizona : une « arcologie » mêlant architecture et écologie, conçue pour huit mille habitants. Cinquante ans plus tard, le site n'en abrite qu'une centaine — chantier permanent, utopie urbanistique jamais achevée mais toujours habitée.

Paolo Soleri, élève de Frank Lloyd Wright, théorise l'« arcologie » — fusion d'architecture et d'écologie — comme réponse à la sprawl américaine et à la consommation énergétique des villes dispersées. Arcosanti, fondé en 1970 au nord de Phoenix, doit être un laboratoire vivant : structures en béton moulé, ateliers artisanaux, céramiques, conférences, vie communautaire. Des milliers de volontaires y passent des semaines ou des années, participant à la construction manuelle d'un projet que les financements privés et publics ne suffisent jamais à terminer.

Le site avance par bonds : une colline creusée, une voûte, un amphithéâtre — mais jamais vers l'échelle initiale de huit mille habitants. Soleri vit sur place jusqu'à sa mort en 2013 ; la Fondation Cosanti continue d'organiser des ateliers et des visites. Arcosanti n'est ni ruine ni succès : c'est un processus architectural ouvert, où l'habiter et le construire restent indissociables. Les critiques y voient une secte esthétique ; les admirateurs, l'un des derniers grands rêves urbanistiques du XXe siècle encore tangible.

L'intérêt d'Arcosanti dépasse le bâtiment achevé : il pose la question de ce qu'une ville expérimentale devient quand elle ne se termine pas. L'utopie inachevée n'est pas un échec total — c'est une forme de vie où l'architecture reste verbe, non monument clos.

En savoir plus

Lire en mode scroll immersif