Culture
Pourquoi les chirurgiens s'habillent en vert
Le blanc régnait dans les blocs jusqu'à ce que, vers 1914, un chirurgien le remplace par un vert profond. La raison est optique : fixer longuement le rouge du sang sature la perception du rouge et fait surgir des taches vertes fantômes sur tout fond clair.
Le blanc régnait dans les blocs opératoires jusqu'à ce que, vers 1914, un chirurgien le remplace par un vert profond. La raison est optique : fixer longuement le rouge du sang sature la perception du rouge et fait surgir des taches vertes fantômes sur tout fond clair. Le vert, et le bleu-vert, est la couleur complémentaire du rouge ; en chirurgie, l'œil fixe en continu le rouge des tissus et les photorécepteurs sensibles au rouge se fatiguent.
Sur un champ blanc, ces taches fantômes brouillent la vue et perturbent le geste. Vers 1914, le chirurgien américain Harry Sherman fait adopter des textiles vert-épinard : en alignant l'arrière-plan sur la couleur des rémanences, on les rend invisibles et on stabilise la perception des nuances de rouge — crucial pour distinguer artères, muscles et tissus.
Le vert réduit aussi l'éblouissement sous les scialytiques et tranche moins brutalement que le blanc. Longtemps présenté comme une simple tradition, ce choix corrige en réalité une limite physiologique précise de la vision humaine. Comprendre le bloc vert, c'est voir la chirurgie comme un problème de perception autant que de technique.