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La cantine sans plateau

La cantine sans plateau
Plateau de cafétéria, université Hacettepe.

Supprimer les plateaux dans une cantine réduit nettement le gaspillage. Sans plateau, on ne porte que ce que tiennent deux mains — et l'on ne se ressert que de ce qu'on mangera vraiment.

Supprimer les plateaux dans une cantine réduit nettement le gaspillage alimentaire — c'est ce que constatent, à la fin des années 2000, de nombreuses cantines universitaires américaines en passant au « trayless dining ». Les mesures convergent : la nourriture jetée chute souvent du quart au tiers, et la consommation d'eau et de détergent pour la vaisselle baisse d'autant. Le mécanisme est comportemental plutôt qu'éducatif : le plateau invite à accumuler des plats « au cas où » ; sans lui, chaque aller-retre a un coût d'effort qui rationalise spontanément les prises.

Le client ne porte que ce que tiennent deux mains — et ne se ressert que de ce qu'il mangera vraiment. La contrainte matérielle remplace l'autodiscipline : personne n'a besoin de sermonner, il suffit de retirer un objet anodin du parcours. C'est un exemple typique de « nudge », au sens de Thaler et Sunstein : on ne dicte rien, on modifie l'architecture du choix pour aligner le comportement individuel sur un objectif collectif.

Retirer les plateaux suffit à réaligner des milliers de repas par jour sans interdire ni culpabiliser. L'épisode montre combien le design du quotidien — la cantine, le supermarché, la file d'attente — peut produire des effets mesurables sur le gaspillage, la santé ou l'équité, à condition de penser l'espace comme un dispositif de décision plutôt que comme un simple contenant.

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