Lore Magazine de culture & d'histoire

Art

Le bâtiment retourné

Le bâtiment retourné
Centre Pompidou, Paris.

À son ouverture en 1977, le Centre Pompidou choque une partie du public parisien. Escaliers, tuyaux, gaines techniques et structures colorées semblent projetés à l'extérieur, comme si le bâtiment avait été retourné. Ce qui paraît inachevé est en réalité un choix radical : libérer les plateaux intérieurs pour l'art et transformer les fonctions techniques en façade visible.

Issu d'un concours international lancé au début des années 1970, le Centre Pompidou de Renzo Piano, Richard Rogers et Gianfranco Franchini rompt brutalement avec l'image du musée monumental. Plutôt que de masquer les circulations, les gaines et la structure, les architectes les rejettent à l'extérieur, où des tuyaux colorés signalent chaque fonction — air, eau, électricité, déplacement —, transformant la façade en un gigantesque diagramme technique.

Ce retournement a une raison concrète : en sortant tout ce qui encombre habituellement un bâtiment, on libère à l'intérieur de vastes plateaux que l'on peut moduler librement au gré des expositions. À l'ouverture, pourtant, beaucoup n'y voient qu'une raffinerie ou un chantier permanent, un objet jugé incompatible avec le tissu historique du quartier.

La provocation correspond exactement au projet : le Centre Pompidou ne veut pas être un temple silencieux mais une machine urbaine ouverte, à la fois musée, bibliothèque, lieu de création et place publique, traversée par son escalator panoramique. Son allure « inachevée » traduit une autre idée de la culture, exposée et traversable plutôt qu'enfermée dans un coffre.

Avec le temps, ce qui passait pour une agression est devenu l'une des silhouettes les plus reconnaissables du Paris contemporain.

En savoir plus

Lire en mode scroll immersif