Culture
L'année sans été
En 1815, l'éruption du volcan Tambora en Indonésie projette tellement de cendres dans l'atmosphère que le climat mondial change pendant des mois. L'année suivante, l'Europe connaît un été glacial, des récoltes catastrophiques et des famines. Même le ciel prend des couleurs étranges visibles dans plusieurs tableaux du XIXe siècle.
Le 10 avril 1815, le volcan Tambora entre en éruption sur l'île de Sumbawa, en Indonésie, avec une violence telle que la détonation est entendue à plus de deux mille kilomètres. D'immenses colonnes de cendres s'élèvent dans l'atmosphère et des villages entiers disparaissent sous les projections : c'est l'une des éruptions les plus puissantes de l'histoire moderne. Mais l'essentiel se joue loin de l'Indonésie, car les particules propulsées très haut filtrent une partie de la lumière solaire à l'échelle du globe.
1816 entre alors dans les mémoires comme « l'année sans été ». En Europe et en Amérique du Nord, les températures s'effondrent, il neige encore en juin par endroits, les récoltes sont détruites, les prix s'envolent et la famine réapparaît. Désemparés, les contemporains ne comprennent pas ces dérèglements, tandis que le ciel se teinte parfois de rouge orangé au couchant — des crépuscules spectaculaires que certains historiens croient retrouver dans les paysages de Turner.
Le climat déréglé pèse aussi, indirectement, sur la culture. C'est durant cet été froid et pluvieux que plusieurs écrivains britanniques, bloqués dans une villa près du lac Léman, se lancent le défi d'écrire des histoires effrayantes, et que Mary Shelley commence à imaginer Frankenstein.
Le Tambora rappelle qu'un événement naturel local peut bouleverser le climat planétaire, et c'est pourquoi les scientifiques l'étudient encore pour mesurer l'impact des éruptions géantes. Une montagne isolée d'Indonésie aura ainsi modifié plusieurs années de météo mondiale, et peut-être infléchi une part de l'histoire artistique européenne.