Culture
Les volcans artificiels
Aux expositions universelles, l'éruption volcanique devient un numéro de mise en scène : vapeur, lumière rouge, pyrotechnie. On ne montre plus seulement la nature — on la reproduit à volonté, programmée comme un spectacle industriel.
L'image n'est pas une photographie du spectacle : c'est un projet de monument déposé en 1894 par A. Jodice pour l'Exposition de Paris, conservé à la BnF. Ce cratère colossal en éruption traduit l'ambition décorative de l'époque — refaire en plâtre et en ingénierie les paysages les plus redoutables, même lorsque le projet ne sera jamais construit.
Ce qui fut bel et bien réalisé, c'est une version aquatique. L'Aquarium de Paris, conçu par les frères Guillaume entre le pont de l'Alma et les Invalides, proposait un « monde sous-marin » où l'un des bassins simulait une éruption sous-marine : un aérateur puissant y montait une colonne de bulles éclairée en rouge profond, dans un décor de basalte. Plongeurs et « sirènes » y jouaient des scènes inspirées de Jules Verne — le spectacle comptait autant que la zoologie.
L'exemple le plus célèbre est antérieur : au Midway de l'Exposition de Chicago (1893), le cyclorama de Kilauea enveloppait le public dans une peinture circulaire de plus de 120 mètres, puis déclenchait fausses flammes, vapeur et détonations électriques. Partout, la même idée : domestiquer la catastrophe naturelle en attraction urbaine, comme preuve que la technique moderne peut désormais répéter — et remplacer — les forces qu'elle prétend admirer.