Culture
Les films explosifs
Pendant plusieurs décennies, une grande partie du cinéma mondial a été enregistrée sur des pellicules capables de brûler spontanément. Le nitrate de cellulose utilisé dans les premiers films produisait des images d’une qualité exceptionnelle, mais il était aussi extrêmement instable. Certains incendies de cinémathèques se propageaient si vite que les bobines semblaient exploser presque instantanément.
Jusqu'au milieu du XXe siècle, le cinéma utilise massivement une pellicule au nitrate de cellulose, héritée des recherches du XIXe siècle sur le coton-poudre et les explosifs nitrés. Le matériau a tout pour plaire, souple et fin, avec une qualité d'image remarquable, mais il possède un défaut redoutable : la chaleur, le temps ou une lente dégradation chimique le rendent extrêmement inflammable. Fait terrifiant, une pellicule nitrate libère son propre oxygène en brûlant, au point que certaines bobines continuent de se consumer même partiellement immergées.
Les archives en sont les premières victimes. Stockées dans des locaux chauds ou mal ventilés, les bobines se décomposent, dégagent des gaz acides puis s'enflamment, et plusieurs incendies anéantissent des milliers de films au cours du siècle. Le plus dramatique survient en 1937 dans les entrepôts de la Fox, dans le New Jersey, où disparaît l'essentiel des films muets du studio. Les salles ne sont pas épargnées : la lampe du projecteur chauffant fortement la pellicule, un blocage suffisait parfois à provoquer un embrasement instantané.
Le paradoxe est que les historiens du cinéma reconnaissent aux copies nitrate une profondeur lumineuse supérieure à celle de bien des supports ultérieurs. C'est cette texture si particulière que certaines restaurations actuelles s'efforcent de retrouver, en simulant numériquement l'éclat des anciennes projections.