Culture
Le luxe volé de Versailles
Les 357 miroirs de la Galerie des Glaces ne sont pas qu'un décor : ils proclament une victoire industrielle. À la fin du XVIIe siècle, Venise détient le monopole secret du miroir, et la France le lui arrache.
Au XVIIe siècle, l'île de Murano garde jalousement le procédé du miroir à l'étain et au mercure. Les artisans qui divulguent le secret risquent leur vie. Le miroir y est un objet de luxe extrême, souvent plus cher au mètre qu'une peinture de maître. Les 357 miroirs de la Galerie des Glaces ne sont pas qu'un décor : ils proclament une victoire industrielle.
Pour équiper Versailles, Colbert organise un véritable espionnage industriel : des verriers vénitiens sont attirés en France malgré l'interdiction, fondant la future Manufacture royale des glaces, ancêtre de Saint-Gobain. Inaugurée en 1684 et dessinée par Jules Hardouin-Mansart, la galerie aligne 357 glaces qui reflètent les fenêtres ouvertes sur les jardins. À la fin du XVIIe siècle, Venise détient le monopole secret du miroir, et la France le lui arrache.
L'effet est politique autant qu'esthétique. En captant la lumière du couchant et en démultipliant la cour, la galerie met en scène la puissance de Louis XIV et démontre que la France a brisé un monopole étranger. Le miroir y est une arme économique déguisée en ornement.