Histoire
« Qu'ils mangent de la brioche »
« Qu'ils mangent de la brioche » : la phrase est attribuée à Marie-Antoinette, reine exécutée en 1793, comme preuve d'un mépris insupportable envers le peuple affamé. Aucune source contemporaine fiable ne l'a prononcée — le mythe est plus ancien qu'elle et servait déjà à discréditer d'autres reines avant d'être collé à son nom.
La formule circule dans les pamphlets révolutionnaires de 1789-1792 pour caricaturer une reine dépensière, étrangère et indifférente à la misère. Or l'expression « qu'ils mangent de la galette » — variant plus ancienne — apparaît déjà dans les Confessions de Rousseau, publiées en 1782, où une « grande princesse » l'évoque sans être identifiée. D'autres versions l'attribuent à Marie-Thérèse d'Espagne, épouse de Louis XIV, ou à des reines espagnoles bien antérieures. Le mécanisme est constant : accuser une femme au pouvoir de déconnexion totale face à la faim populaire.
Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche devenue reine à dix-neuf ans, concentrait les ressentiments : luxe à Versailles, influence autrichienne suspectée, incapacité à produire un héritier mâle dans les premières années. Sa politique réelle mêle maladresses protocolaires et tentatives de réforme — elle soutient parfois des mesures modérées — mais l'image pamphlétaire la fige en oie blanche insensible. La phrase sur la brioche cristallise cette caricature en une formule mémorable, facile à retenir et impossible à oublier.
Les historiens contemporains s'accordent : Marie-Antoinette ne l'a très probablement jamais dite. Le mythe dit plus sur les mécanismes de la délation révolutionnaire que sur la biographie réelle de l'archiduchesse. Il illustre comment une formule apocryphe peut devenir plus solide que les archives — et comment la postérité préfère parfois l'anecdote choc à la nuance documentaire.