Culture
Le carrelage blanc du métro
Les murs du métro parisien sont, dès 1900, couverts de petits carreaux blancs biseautés. Le choix n'a rien d'esthétique au départ : il s'agit de renvoyer le peu de lumière disponible dans des tunnels alors très mal éclairés. À l'ouverture de la première ligne, l'éclairage électrique souterrain reste faible et coûteux ; le blanc, surface la plus réfléchissante, démultiplie la lumière des rares lampes et rend les quais praticables.
Le biseau des carreaux n'est pas décoratif non plus. La facette inclinée capte et diffuse la lumière sous plusieurs angles, augmentant la luminosité perçue. La céramique vernissée, lavable et imperméable, répond en outre à l'obsession hygiéniste de l'époque, face à l'humidité et à la suie des tunnels.
Ce carrelage est devenu une signature visuelle du métro parisien, imité puis patrimonialisé. Une contrainte purement technique — éclairer et assainir un tunnel — a fini par produire une identité urbaine reconnaissable entre toutes. Comprendre le « métro blanc », c'est voir comment la nécessité ingénieuse devient, avec le temps, un style.