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Littérature

Le labyrinthe interdit

Le labyrinthe interdit
Bibliothèque Malatestiana, Cesena, Italie.

Dans Le Nom de la rose, Umberto Eco transforme une bibliothèque médiévale en véritable machine à manipuler le savoir. Derrière les manuscrits et les couloirs secrets, le roman cache une réflexion beaucoup plus moderne : qui décide quels livres peuvent être lus… et lesquels doivent disparaître ?

Publié en 1980, Le Nom de la rose se déroule dans une abbaye italienne du XIVe siècle, où le jeune moine Adso suit le franciscain Guillaume de Baskerville, venu enquêter sur une série de morts mystérieuses qui paraissent toutes converger vers l'immense bibliothèque du monastère. Umberto Eco ne se contente pourtant pas d'un roman policier médiéval : la bibliothèque en est le véritable cœur, vaste labyrinthe perché au sommet de l'abbaye, interdit à la plupart des moines, où certaines salles sont closes et certains manuscrits cachés, voire empoisonnés.

Spécialiste de sémiotique et d'histoire médiévale, Eco se sert de ce dédale pour montrer combien le savoir est alors un pouvoir politique et religieux. Les livres sont rares, copiés à la main, contrôlés par l'Église, et posséder un texte revient à maîtriser les idées qu'il contient. Face à cet ordre, Guillaume raisonne presque comme un détective moderne, lisant les indices et préférant l'explication rationnelle à la superstition, au point qu'on a pu voir en lui une sorte de Sherlock Holmes médiéval.

L'enquête tourne autour d'un livre interdit qui serait un traité perdu d'Aristote consacré au rire, que certains jugent dangereux, persuadés qu'il pourrait saper l'autorité religieuse. L'architecture même de la bibliothèque, avec ses salles aux noms codés et ses couloirs trompeurs, transforme ce lieu de connaissance en territoire inquiétant et prolonge une réflexion très contemporaine sur la censure et la circulation des idées — lesquelles survivent, lesquelles disparaissent, et qui décide de l'accès au savoir.

C'est sans doute ce vertige intellectuel qui explique l'immense succès d'un roman pourtant dense, nourri de philosophie, de théologie et d'érudition : beaucoup y entrent pour le mystère et y restent pour la bibliothèque infinie qui le hante.

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