Droit & société
Les bouquets des juges
Aujourd'hui encore, les juges de l'Old Bailey portent à certaines dates un petit bouquet, et des herbes sont répandues sur le sol. Cette tradition vient d'une époque où le tribunal voisinait avec la prison de Newgate et sa « fièvre des geôles ». La Cour criminelle centrale de Londres jouxtait Newgate, prison surpeuplée et insalubre ; le typhus, transmis par les poux, y proliférait sous le nom de « gaol fever ».
En 1750, lors des « Black Sessions », une épidémie partie des prisonniers tue des dizaines de personnes, dont le maire de Londres et plusieurs juges. La cour réagit par des moyens dérisoires au regard de la science moderne : fleurs odorantes et herbes aromatiques censées « purifier » l'air vicié, selon la théorie des miasmes alors dominante.
On sait depuis que l'odeur n'y était pour rien : c'est l'hygiène et la lutte contre les poux qui enrayent le typhus. Mais le geste a survécu en rituel. Les bouquets de l'Old Bailey sont le vestige cérémoniel d'une véritable terreur sanitaire — preuve que les traditions judiciaires conservent parfois la mémoire d'une peur que la médecine a depuis longtemps expliquée.