Histoire
Orellana nomme l'Amazone
En 1541, l'espagnol Francisco de Orellana descend un fleuve colossal de l'Amérique équatoriale jusqu'à l'Atlantique — la première traversée européenne connue du rio Amazonas. Son récit mêle observations réelles et légendes de femmes guerrières, donnant au plus grand fleuve du monde un nom emprunté à la mythologie grecque.
Orellana accompagne en 1541 l'expédition de Gonzalo Pizarro en quête d'or et de la légendaire Canelle. Séparé du corps principal par la famine et la jungle, il descend un affluent avec quarante-sept hommes sur des barques construites sur place, espérant rejoindre un poste espagnol plus proche de la côte. Le voyage dure huit mois : rapides, maladies, attaques indigènes, manque de nourriture. En août 1542, l'équipe épuisée atteint l'embouchure du fleuve — première traversée documentée de l'Amazone par des Européens.
Le récit qu'Orellana en rapporte à Charles Quint mélange observations géographiques remarquables et récits de « femmes guerrières » — les icamiabas ou « Amazones » — qui lui vaudront de nommer le fleuve d'après les guerrières de la mythologie grecque. Les historiens débattent encore du degré d'exagération : certaines descriptions de villages prospères ont pu être amplifiées pour justifier de nouvelles expéditions ; d'autres détails ont été confirmés par l'archéologie amazonienne récente, qui montre des sociétés denses et complexes le long du fleuve bien avant la conquête.
L'expédition d'Orellana ouvre une ère de cartographie européenne en Amazonie, mais aussi de violence coloniale et d'extraction. Son parcours reste une prouesse navigatoire exceptionnelle — conduite dans des conditions extrêmes par des hommes qui ne savaient pas où conduisait le courant. Le fleuve qu'il baptise d'un nom mythologique deviendra, paradoxalement, le symbo le d'une nature sauvage « vierge », alors qu'il traversait des territoires déjà peuplés et organisés.