Droit & société
La prison qui voit tout
En 1791, le philosophe Jeremy Bentham conçoit le panoptique : un anneau de cellules autour d'une tour centrale d'où un seul gardien peut, sans être vu, surveiller tous les détenus. Le principe est moins architectural que psychologique : comme le prisonnier ignore s'il est observé à un instant donné, il doit se comporter en permanence comme s'il l'était. La surveillance s'intériorise — le détenu se discipline lui-même.
Peu de panoptiques purs furent bâtis, mais le modèle inspira de nombreuses prisons. Le Presidio Modelo, érigé à Cuba dans les années 1920, en est l'exemple le plus spectaculaire : d'immenses rotondes de cellules ouvertes sur une unique tour de garde.
En 1975, dans Surveiller et punir, Michel Foucault fait du panoptique la métaphore des sociétés modernes — écoles, usines, hôpitaux fonctionnant par surveillance diffuse. Le dispositif déborde la prison pour décrire une forme générale de pouvoir : voir sans être vu, inciter à l'obéissance par l'incertitude plutôt que par la force permanente.