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Le vert empoisonné

Le vert empoisonné
Robe victorienne verte à franges, années 1860, Auckland War Memorial Museum.

Au XIXe siècle, certaines robes vertes particulièrement à la mode contenaient de fortes quantités d'arsenic. Le pigment appelé vert de Scheele puis vert émeraude produisait une couleur extraordinairement lumineuse difficile à obtenir autrement. Le problème est qu'il pouvait aussi libérer des composés toxiques au contact de l'humidité, de la transpiration ou simplement de l'usure des tissus.

Apparu au XVIIIe siècle, le vert de Scheele devient l'une des couleurs les plus prisées de la mode victorienne au siècle suivant. Ce pigment à base d'arsenic produit un vert d'une intensité spectaculaire, presque fluorescent sous l'éclairage au gaz, que l'on recherche pour les robes, les papiers peints et mille objets décoratifs. Les toilettes vertes font fureur dans la bourgeoisie européenne.

Des médecins commencent pourtant à soupçonner un lien entre ces teintures et toutes sortes de maux. L'arsenic se détache en fines poussières ou réagit à l'humidité, et les ouvrières des ateliers de teinture développent lésions cutanées, troubles respiratoires et intoxications chroniques. Le danger déborde largement la garde-robe : très répandus dans les intérieurs, les papiers peints verts pouvaient, en milieu humide, voir des moisissures transformer leurs composés arsenicaux en gaz toxiques.

Malgré les avertissements, le pigment reste longtemps en usage, faute d'équivalent et tant sa beauté paraît sans rivale. L'épisode illustre un paradoxe récurrent du XIXe siècle industriel, où la chimie offre des couleurs et des matières éclatantes bien avant que l'on en mesure les effets sur les corps.

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